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Affichage des articles du janvier, 2026

I see landscape





Je ne vais plus beaucoup au cinéma. Regarder un film entourée d'inconnus me met toujours dans un état d'angoisse. Il y a tout de même quelques films que je ne veux pas louper cette année et Hamnet en faisait partie, je suis donc allée le voir en avant-première dimanche dernier. Passé les cinq premières minutes d’adaptation à l'obscurité et au niveau sonore (mains moites, rythme cardiaque qui s'accélère, ça rappelle un peu un avion qui décolle), je suis parvenue à accueillir le film comme il se doit. C'est une tragédie pure, inéluctable. Les signes avant-coureurs sont subtils mais perceptibles, la gorge se serre très vite. Sans surprise, Jessie Buckley et Paul Mescal sont extraordinaires (adoptez-moi svp). Je ne peux pas m'empêcher de voir une forme de magie dans ce sens du drame, ces voix qui se brisent et ces corps qui habitent l'espace comme une peinture. Je me suis laissée dévaster, laissé les larmes couler sans filtre, sans aucun contrôle. De mon côté de la salle, j’étais entourée de gens qui ont regardé le film d’un œil studieux, impassible. Je me suis sentie un peu seule.

Sur le chemin du retour, les yeux gonflés, je n'ai pas mis de musique dans mon casque. Et puis cette vidéo est sortie, ça m'a remis du baume au cœur.

Plus tard dans la semaine, j'ai réécouté ØXN en marchant dans la rue, me laissant tranquillement bouleverser par la voix de Radie Peat, comme devant Jessie et Paul dans Hamnet. Les Irlandais·es maîtrisent l'intensité comme personne. L'été dernier j'avais envoyé à mon père, qui joue de la musique traditionnelle, le concert de Lankum sur Arte. Ma mère avait dit : elle me fait penser à toi (c'est vrai, j'avais les mêmes cheveux en 2007). Comme je suis toujours cette personne qui envoie des liens à droite et à gauche pour partager mes découvertes, j'avais passé l'album d'ØXN à mon petit frère dans la foulée. Il a réussi à trouver une filiation avec Neutral Milk Hotel et ça m'a fait bien rire, je n'y avais pas pensé mais il y a peut-être quelque chose de commun entre la voix de Radie Peat et celle de Jeff Mangum.

Il paraît que lundi c'était le blue monday. Paradoxalement, moi, ça allait. J'ai même fait des blagues au travail (parfois j'ai l'impression que ça fait partie de ma fiche de poste). Le gouvernement est toujours là et sort encore un 49.3, ça ne me fait même plus lever un sourcil, c'est mauvais signe, non ? C’est le jour de la marmotte, je suis constamment en colère. Mais ces temps-ci, elle est plutôt sourde, j'arrive à la contenir sous la surface.

Ouvrir un blog sur cette plateforme n’était vraiment pas le move du siècle, mais force est de constater qu’on trempe dans une sorte de soupe gluante : si l'on arrive à en retirer un morceau de légume pourri de temps en temps, il reste toujours la substance, le bouillon poisseux comme du jus de poubelle (pardonnez la métaphore, je n’ai rien de mieux en stock). J'en suis au stade de la négociation avec moi-même : je n'utilise pas l'IA générative ni les objets connectés, je n'ai plus aucun abonnement aux plateformes de streaming. Peut-être que du coup, mon bout de légume qui flotte est un peu moins dégueu ? Je connais la réponse, mais bref, passons.

Embrace the cringe

Julianne Moore en clown dans Short Cuts de Robert Altman

Comme beaucoup de monde, j'ai profité des vacances de Noël pour regarder Heated Rivalry. Par curiosité pour la hype naissante et aussi parce qu'un peu de romance n'a jamais tué personne, soyons honnête. Ce fut une expérience distrayante malgré la légèreté du scénario. À plusieurs reprises, je me suis demandée si j'étais la cible (et peut-être que si, finalement). Il m'a fallu quelques épisodes avant de comprendre l'engouement, mais arrivée aux deux derniers, j'y étais.

Et puis, surtout, mon algorithme a commencé à me montrer Connor Storrie sous tous les angles (je dois bien avouer que je n'ai pas spécialement agi pour endiguer le problème). À 25 ans, il donne l'impression d'avoir vécu mille vies, si j'étais mystique je dirais que c'est une vieille âme. De fil en aiguille, je me suis retrouvée à écouter cette interview qui m’a bien plu, où il évoque entre autres le long-métrage qu'il vient de réaliser entièrement seul avec un iPhone, son appartenance à la scène clown underground de LA, la notion de cringe.

Une chaîne YouTube à son nom a refait surface à l'occasion de sa récente exposition médiatique, où l’on trouve des vidéos qu'il a tournées dans sa chambre à l'âge de 12 ans. Il monologue face caméra, avec une coupe de cheveux à la Justin Bieber et un potentiel comique indéniable (son commentaire sur le texte de Firework de Katy Perry vaut le détour). Lorsqu'on l’interroge sur ces vidéos et leur soudaine viralité, il exprime de l’affection pour le jeune garçon qu'il a été, ce qui n'était pas le cas à l'époque.

J'aurais été mortifiée qu'un truc pareil m'arrive. Quand je repense à ce que je produisais à cet âge, dessins, écrits ou fausses émissions de radio sur K7, je frissonne de honte en me disant que j'ai bien fait de me débarrasser de tout ça. Il y a quelques années, j'ai utilisé la Wayback Machine pour retrouver une trace des blogs que j'ai tenus entre 2004 et 2006 (soit entre mes 16 et mes 18 ans), et mon cringeomètre a pété les scores. Encore une fois, bien contente d'avoir tout fait disparaître. Mon empreinte numérique ne contient a priori rien de (trop) compromettant.

Big 2026, nous y voilà, je rouvre un blog. Ce sera peut-être cringe, on sait pas trop, mais à mon âge il s'agirait de commencer à assumer ce qu'on fait, ou au moins d'arrêter de s'excuser. J'écris souvent des textes dans ma tête, il faut bien que je trouve quelque chose à en faire après tout.