Paulette forever

[TW : deuil]
Quand j'ai rencontré N. en 2010, la première fois que je suis allée chez lui, il m'avait demandé si j'étais allergique aux chats. J'étais aux anges car non seulement je ne l'étais pas, mais cela voulait dire que j'allais en rencontrer un. Paulette avait une drôle de tête toute ronde, des grandes oreilles et une paire d'yeux incroyable. Deux immenses billes vert clair qui lui donnaient un air perpétuellement outré ou interloqué selon les situations. Il m'avait prévenue : "Paulette n'aime personne à part moi". La soirée s'était éternisée et j'avais passé la nuit sur le canapé. À notre grande surprise, la chatte s'était endormie roulée en boule contre moi.
C'est ainsi que s'est formée notre équipe composée de deux personnes extrêmement socially awkward et d'un chat misanthrope. Paulette nous a suivi·es dans cinq appartements différents – dont l'un où elle disposait d'un petit jardin fermé qu'elle a eu bien du mal à quitter. Lorsque nous partions en vacances, nous nous devions de prévenir quiconque viendrait en prendre soin : Paulette n'est pas très sociable mais tu verras, elle est très bavarde. Elle avait une voix bien particulière, un miaulement grave que l'on n’aurait pas soupçonné en voyant son petit gabarit. Je vais me permettre un instant d'anthropomorphisme : si Paulette avait eu forme humaine, je l’aurais imaginée en dame âgée et chic avec de grandes lunettes en écaille, devisant sur la vie d'un ton caustique et d'une voix de fumeuse. Je peux affirmer que son groupe préféré était Broadcast, et qu’elle adorait Twin Peaks.
Au fur et à mesure des années, elle est passée d’animal distant et caractériel à peluche accro aux câlins (pour notre plus grande joie, évidemment). Il n'y avait aucune configuration qui pouvait rendre Paulette plus heureuse que celle-ci : nous deux dans le canapé, elle au milieu. C'était, comme nous, une créature d'habitude qui connaissait l'emploi du temps par cœur et ne manquait jamais de donner son avis lorsque quelque chose ne se déroulait pas comme prévu.
Après seize ans de vie commune et dix-sept ans au compteur pour elle, son cœur a cessé de battre le mardi 21 juillet 2026. N. a déboulé en catastrophe de la gare pour me rejoindre chez la vétérinaire avant le verdict, et nous avons pu accompagner notre douce amie jusqu'au dernier moment. Lorsque l'injection a eu lieu, en voyant le liquide bleu fluo dans la seringue, j'ai pensé à The Substance. J'ai espéré que ce produit lui redonne la forme d'un tout petit chaton. C'est fou comme seules les zones d'absurdité les plus profondes du cerveau s'activent dans ce genre de moments.
Nous avions beau y être préparé·es, on ne peut pas prendre la mesure du chagrin tant que l'on n'a pas vécu le premier matin silencieux. Les rituels de la journée qui n'auront plus lieu, même les plus ridicules (la cheese tax à chaque usage de gruyère râpé lors des repas, le petit morceau de madeleine avec le café). Le bruit feutré des coussinets sur le parquet, la douceur de son pelage d'hiver, les coups de tête et les clins d’œil au ralenti, la manière dont elle étirait ses pattes avant en bâillant (son haleine de chacal). Les innombrables surnoms, les chansons inventées qu'elle n'entendait plus depuis qu'elle était devenue sourde. Son prénom était si facile à faire rimer avec toutes sortes de bêtises.
La Team Rocket a perdu un membre, repose en paix ma chouette.
Je suis tellement désolée d'apprendre la mort de Paulette, elle avait l'air d'être un chat remarquable. Les animaux ne devraient jamais nous quitter... Courage pour les jours vides à venir <3
RépondreSupprimerMerci <3
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