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Affichage des articles du février, 2026

I've got 99 ghosts, none of which I vibe with


Jusqu’ici, 2026 a une gueule de crise existentielle. J'ai trop peur de la douleur physique donc je choisis la thérapie plutôt que la boxe, même si en ce moment j'aimerais beaucoup avoir des aptitudes à la bagarre pour aller éclater des fachos. En essayant de me déchiffrer sous un autre angle, je crois que je commence à mettre le doigt sur des choses que je ne voyais pas forcément jusqu'ici. C'est super cryptique ce que je raconte mais on s'en tiendra là pour l'instant. Mon cerveau ressemble actuellement à ces tableaux d'enquêtes avec des éléments reliés par des grosses ficelles rouges. Depuis longtemps, chaque fois qu'un de ces tableaux apparaît dans un film ou une série, je fais une capture d'écran mentale (je ne sais pas s'il y avait un Tumblr consacré à ça, j'en ferais un si c'était encore la mode des collections d'images sur des thèmes random).

Je redécouvre le plaisir de lire les blogs des autres. Mon écriture me complexe mais ça me fait du bien d'écrire alors je continue. Je ne prête aucune importance à la concordance des temps. J'abuse des indicateurs de modération dans mes phrases, comme si je ne m'autorisais pas des affirmations claires, nettes et précises : "un peu", "parfois", "sans doute", pour qu'on sache que j'ai bien conscience de ne pas avoir pas la science infuse, des fois que ce soit pas évident. Comme si j'étais une personne modérée, quelle bonne blague. J'essaie de modifier ma manière de procéder. Plutôt que de réfléchir mille ans puis écrire d'une traite sans regarder en arrière, je démarre une note au brouillon et je la laisse prendre forme en revenant dessus jusqu'à ce que je décide que c'est terminé, et ça me donne l'impression d'avoir accompli quelque chose. Je me rends compte aussi que toutes les images que je choisis pour illustrer mes notes représentent des personnes costumées (c'est drôle, je n'y prêtais pas du tout attention jusqu'ici). Au bout de 5 fois, on peut appeler ça un motif récurrent.

Parmi les choses vues ces derniers jours il y a 28 Years Later : Bone Temple, qui bien qu'un peu décevant m'a confirmé que j'avais un truc pour les Anglais chelous portant des perruques. J'aurais aimé avoir plus de temps pour détailler les traits de Jimmy Shite, dont j'ai trouvé le visage fascinant. Le lendemain, j'apprenais par hasard que l'acteur qui l'incarne va jouer dans un film aux côtés d'Ewan Mitchell (si je ne cite pas son nom tous les jours je m'autodétruis apparemment, sorry not sorry, "it'll pass" comme dirait l'autre), c'est bien le genre de choix que je ferais si j'étais réalisatrice. J'ai aussi découvert le compte Insta de la fille de Kimya Dawson, qui fait des études d'illustration et qui a l'air de partager ma passion pour ces visages-là. Je suppose qu'on fait partie de la même catégorie d'esthètes. Quand j'étais étudiante en art, l'illustration était presque un gros mot que les enseignant·es prononçaient avec un air dédaigneux, alors je me suis lancée dans des choses plus conceptuelles, en accordant toujours une très grande place à l'approximation et à l'échec. Aujourd'hui, en pensant par exemple aux portraits d'Elizabeth Peyton, je me dis qu'il faudrait que je me remette à travailler sur ce genre de formes plutôt que d’essayer de couper les cheveux en quatre. Il faudrait aussi que je me remette à lire de la théorie, mais je dois bien avouer que j'ai la flemme.

Ces temps-ci, une de mes parades favorites pour ne pas trop penser à l'actualité cauchemardesque est de regarder Pushing Daisies, une série infusée de cette esthétique démodée que j'appellerais "whimsy 2000", qui fait très bien le job de machine à remonter le temps. On y retrouve un peu de Big Fish, de Gilmore Girls, et pourquoi pas un côté Amélie Poulain (mais dans le bon sens du terme). Je soupçonne les scénaristes d'Only Murders in the Building d'y avoir puisé quelques éléments d'inspiration. Du réconfort en carton-pâte pour trentenaires névrosé·es, qui donne envie de manger une bonne part de tarte aux pommes tiède avec une boule de glace à la vanille. Un couple incarné par Lee Pace et Anna Friel, qui dépasse toutes les limites de la mignonnerie. Des blagues sur la mort (mes préférées). La satisfaction de voir les personnages régler leurs problèmes un pas après l'autre, en remettant en question leurs schémas et en prenant conscience de leurs défauts. Une tante excentrique avec un cache-œil qui entre dans ma liste de personnages cool avec un cache-œil. Et un chien, parce que c'est toujours mieux quand il y a un chien.

Let’s not get the morbs

La vie étant un éternel recommencement, cette semaine j’ai teint mes cheveux au henné roux et réécouté Placebo. Je suis dans une de ces phases que ma meilleure amie appelle affectueusement "ma torpeur". Je ne sais pas si c’est le mot juste car en réalité il se passe beaucoup de choses à l’intérieur et comme je ne sais pas comment les gérer, je me fige. Je traîne en pyjama, je me perds dans des rabbit holes plus ou moins intéressants (plutôt moins que plus), je peine à trouver le sommeil et à éteindre mon cerveau. Je me trouve insupportable dans les moments de sociabilité, mes mots vont plus vite que ma pensée, et je me marre bien en repensant à toutes les fois où on m’a traitée d’intello car j’ai l’impression d’être parfaitement stupide. Chaque interaction est suivie de questionnements désagréables et de "mais pourquoi j’ai raconté ça ?". 

Ce sont des phases que je traverse de manière cyclique à cette période de l’année, je ne sais pas trop quels mots poser dessus – autres que "chiante et bizarre". Même si je sais que cela finit toujours par passer, c’est un état curieux où une drôle d’excitation se mêle à beaucoup d’anxiété, comme quand on a bu trop de café sans dormir. J’observe tout, je note mentalement les coïncidences et les détails insignifiants. C’est là où mes multiples micro-obsessions prennent toute la place, au point où je galère un peu à gérer le cours d’une journée de manière normale. C’est là aussi où je ris souvent au mauvais moment, sans filtre, et où je fais rire les autres sans pouvoir m’empêcher de me trouver gênante. 

L’année dernière, j’avais plutôt bien réussi à contourner ce problème en me fixant des routines que j’essaie de garder : une demi-heure de sport le matin au moins 3 fois par semaine, une pratique régulière de la guitare, un journal que j’ai abandonné en cours d’année mais que je suppose que ce blog remplace, en quelque sorte. Je suis une créature d’habitude et j’ai besoin de m’imposer des choses, sinon je spirale. J’hésite entre me mettre à la boxe et retourner chez le psy.

C’est dans cet état que je suis allée voir Wuthering Heights (qui aurait peut-être dû s’appeler Barbenstein) hier soir, sans avoir pu m’empêcher de lire toutes les mauvaises critiques. Sans trop spoiler, je vais contredire le fameux et trop facile "on adore ou on déteste", mon avis étant plus nuancé. La première partie m’a agréablement surprise, on est dans le registre de la farce et c’est ce qu’Emerald Fennell sait faire, je trouve : les scènes camp très théâtrales voire grotesques, avec quelques détails bizarres, le genre de trucs pour lesquelles je suis bon public. La photographie et la bande-son sont réussies, j’ai beaucoup aimé la scène d’ouverture et les personnages secondaires (Alison Oliver, bravo). J’étais bien sûr ravie de voir mon gars Ewan Mitchell ouvrir une porte ou passer le balai dans le fond, et la scène principale impliquant son personnage aurait pu me faire recracher par le nez si j’étais en train de boire. 

Là où ça se gâte, c’est que dans la deuxième heure, l’aspect romance prend le dessus (vous me direz que le film a été marketé comme tel, et c’est une erreur selon moi !). C’est toujours too much et caricatural, mais pas dans le bon sens, et au final assez tiède. Le film essaie de nous émouvoir mais le duo principal ne m’a pas convaincue. J’aurais aimé que Fennell pousse les curseurs plus loin, que ça se termine en grand n'importe quoi réjouissant. Dommage. 

Le récit est distordu, certains personnages disparaissent et sont remplacés par d’autres, des bribes de situations sont déplacées à d’autres moments. En gardant en tête que dans le roman, les faits sont relatés au protagoniste par une narratrice subjective, et que d’autres strates de narration s’ajoutent au fur et à mesure, si on se dit que c’est une histoire racontée mille fois et déformée au fil du temps, ça se tiendrait presque. Une mention spéciale cependant pour ce détail profondément satisfaisant : avoir réussi à caser l’expression "Got the morbs".

I’m not being dramatic

"You will be heartbroken again and again", me disait Co-star il y a quelques jours (en ce moment, chacune de ses notifications sonne comme une prophétie lapidaire, j’ai l’impression qu’il va m’arriver des catastrophes). J’ai superposé cette phrase avec le "Fall in love again and again" de Charli XCX qu’on entend dans la bande-annonce de Wuthering Heights, et j’ai pris une place pour la séance en première de mardi prochain. Je disais dans ma note précédente que je n’allais plus au cinéma, je vais donc me contredire et braver le son terriblement agressif de cette salle – mais seulement en avant-première, telle une vieille snob. 

Depuis l’annonce de ce projet d’adaptation, je suis super curieuse. Sans être une inconditionnelle du cinéma de Fennell (mon avis sur Promising Young Woman est très mitigé mais j’aime beaucoup Saltburn que je trouve étrangement réconfortant), son idée de rejouer le récit de la manière dont elle l’avait ressenti à 14 ans, façon fanfiction, m'intéresse. J’ai suivi les débats entourant ses choix de casting ou de scénario sans avoir d’avis tranché, je ne fais pas partie des gens qui sacralisent la littérature et je préfère voir avant de me prononcer, même si je n’ai pas été très emballée par la promo du film que j’ai trouvée assez cringe (on y revient). Mon avis, c’est qu’elle s’est fait plaisir, de la même manière que des tas de cinéastes hommes se font plaisir sans que l’intégralité d’internet ne décide que c’est de la daube. Et même si c’en était, franchement, ce ne serait pas la fin du monde.

En tout cas, citer Romeo + Juliet en référence, ça fonctionne sur moi en théorie, et le duo Charli / John Cale aussi, bien entendu. S’il fallait un argument de plus, il y a Ewan Mitchell au casting et même si c’est pour 5 minutes de temps d’écran, je prends. J’ai régulièrement consulté la page wiki du film pour en savoir plus sur son rôle, ça m’a fait bien rire car c’était modifié tous les deux jours : Whip-wielding man, Hindley Earnshaw, puis Joseph, puis de nouveau Hindley. Il sera finalement Joseph et non Hindley comme la logique l’aurait voulue (Joseph est un domestique très âgé qui terrorise tout le monde et passe son temps à citer la Bible avec un fort accent paysan, et Hindley est le frère aîné de l’héroïne, un personnage central de l’histoire qui ne figure pas dans le film, bizarre). Je suis en train de relire le livre pour l’occasion, je l’avais lu à l’époque du lycée je crois, mais je n’en ai aucun souvenir et ce que je redécouvre ne m’inspire pas vraiment de rêves fiévreux, ça attise un peu plus ma curiosité.

En parlant d’Ewan Mitchell (Barbie Pirate dans House of the Dragon si vous suivez), je me suis offert un t-shirt avec une sorte de fanart que j’avais fait de son personnage dans deux des clips que Luna Carmoon a réalisés pour Fontaines D.C., assorti de la phrase I don’t feel anything car j’adore l’ironie. Un jour, peut-être, j’écrirai plus longuement sur cette figure qui semble sortie tout droit de mes dessins d’adolescente ou d’une peinture de Joel Slotte.

Sans transition, pour finir cette note qui part dans tous les sens, j’apprenais hier au détour d’un post sur Bluesky qu’un membre de Kneecap est accusé de VSS, et les mots sont bien faibles pour décrire à quel point ça me saoule. Il y en a peu, des artistes positionnés aussi radicalement à cette échelle, et on en a besoin. On essaie de les faire taire par des procès en apologie du terrorisme et des interdictions de festivals. Mais quand il s’agit de silencier les victimes apparemment ça leur pose moins de problèmes, il faut croire que c’est trop demander d’avoir des positions politiques pertinentes et un comportement décent. La sortie d’un nouvel album en avril, les feat. avec Kae Tempest et Radie Peat me rendaient enthousiaste. Je vais juste ranger tout ça dans un coin avec les autres, et finir par ouvrir un petit musée de la honte dans un tiroir de mon bureau, car ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’un artiste que j’apprécie fait de la merde. C’était peut-être ça que voulait me dire Co-star.