Articles

Affichage des articles du juin, 2026

Faux-lie à deux

Il y a deux nouveaux singles de Faux Real qui sont sortis récemment. Comme d'habitude, j'ai écouté et regardé les clips, ça m'a amusée deux minutes puis j'ai dit "Ouais, bon". Et comme d'habitude, une seule écoute a suffi à me coller le titre en tête toute la journée, et ce matin je me suis levée en fredonnant Seesaw / C'est comme ça / It's always up and down / Avec toi. C'est un peu con. C'est efficace. Et il y a, d'après moi, une forme de sorcellerie là-dedans.

Faux Real est un duo composé des frères Elliott et Virgile Arndt, que j'ai découvert pendant le confinement. Je me rappelle avoir lu qu'ils étaient les nouveaux Sparks, puis j'ai passé des heures à regarder leurs vidéos où ils se mettent en scène dans des chorégraphies dignes des pires souvenirs d'acrogym en cours d'EPS, sur des chansons pop à la fois kitsch et érudites. J'ai crié de joie lorsqu'ils ont été programmés aux Trans, et les Trans ont été annulées cette année-là. 

Ce qui me fascine chez eux, c'est qu'ils flirtent en permanence avec les limites du ridicule, mais s'en sortent malgré tout par des pirouettes miraculeuses. C'est casse-gueule et ça se rattrape, en équilibre permanent, sur le fil. Comme si un artiste conceptuel avait imaginé le téléscopage d'un boys band de 1998 et d'un numéro de cirque (ce qui, en théorie, n'est pas certain d'être une réussite). Leurs collaborations avec Kirin J. Callinan et Jaakko Eino Kalevi ont fini de me convaincre. Je les ai fait découvrir à ma meilleure pote, on s'est enthousiasmées à l'excès, de la même manière que lorsqu'on inventait des petites danses absurdes sur MGMT à l'époque où on vivait en colocation. Au concert qu'on est allées voir ensemble, j'ai rarement ressenti autant d'euphorie collective.

Les clips de Faux Real me procurent le même genre de satisfaction que les office toys chromés qu'on trouvait dans les boutiques de déco des années 90. Je possède plusieurs de ces objets à base de boules et de balanciers qui jouent avec la gravité, dont mon regard n'arrive jamais à se détacher. Dans le clip de Seesaw : un pendule de Newton, un métronome, une balance. Mouvement perpétuel.

Alors que je démarre la lecture de Vibes Lore Core de Valentina Tanni, les images de Faux Real imprimées dans ma rétine me semblent correspondre exactement à ce propos : "Pas de pensée, juste des vibes". En convoquant tout un tas de références soigneusement restituées, leur univers est une aesthetic à lui seul. Faux Real, Faux Maux, Faux Ever. Sur une de leurs vidéos, j'ai commenté "Telling my kids this was Oasis", et ils m'ont répondu : Faux-asis. J'ai souri devant l'évidence, en regrettant de ne pas avoir trouvé le jeu de mots moi-même. Faux Real pourrait être un groupe inventé de toutes pièces pour un filmEt pourtant, derrière ces strates d'ironie empilées façon poupées russes, je vois beaucoup de sincérité. Je crois que c'est ce paradoxe qui me plaît autant.

Exercise your demons

J’ai repris la lecture après un long passage à vide. Une dizaine de bouquins m’attendent depuis des mois, de temps en temps je les regarde avec culpabilité. C’est Mariana Enriquez qui m’a sauvée avec son recueil de nouvelles Les dangers de fumer au lit. J’ai toujours aimé lire des nouvelles, c'est un bon compromis quand l'attention a du mal à tenir sur la durée. Je n'avais jamais lu Mariana Enriquez et ne regrette pas ce choix, pour cet été je me réserve Notre part de nuit (avec l'Ange déchu de Cabanel en couverture, qui me fixe parfois depuis sa place sur l'étagère). Je me suis enfin offert Les écrans sanglants de Claire Cronin, dont je repoussais la lecture depuis longtemps, et j'ai emprunté Vibes Lore Core de Valentina Tanni à la bibliothèque. J'ai besoin de lire sur les fantômes, les souvenirs fictifs et les images persistantes. 

Je ne sais pas écrire sur mes lectures sans spoiler ni paraphraser, alors je reste en surface, comme la fumée au-dessus d'une tasse de café. Je boucle des petites boucles tous les jours au point où je les note désormais dans un carnet d'une manière indéchiffrable pour quiconque.

Mon dernier post était en pleine canicule, la deuxième est déjà en train de nous tomber dessus avant même le solstice d'été. La chaleur me rend molle et immobile, mon corps se contorsionne dans des postures absurdes, un bras au-dessus de la tête, une jambe par-dessus le dossier du canapé. La chatte s'allonge en-dessous pour d'interminables siestes, souvent une patte dépasse. Je vérifie si elle va bien, la tête en bas, et elle cligne des yeux doucement, bâille et s'étire. Elle vient d'entamer sa dix-huitième année d'existence, on se rend à l'évidence qu'elle n'est pas éternelle mais on ne le dit pas vraiment à voix haute. Le traitement n'opère plus, elle refuse l'alimentation restrictive alors on la laisse vivre et on lui fait plaisir, à quoi bon la priver. Je n'ai pas envie d'être l'infirmière de l'Ehpad qui refuse qu'une mamie de 90 ans s'allume une clope.

J'ai commencé plusieurs brouillons de notes au bout desquels je ne suis pas parvenue car mon cerveau se coince dans plusieurs toiles d'araignée à la fois, une à chaque coin de la pièce. J'ai envie de continuer ma série de dessins, faire un fanzine, reprendre sérieusement la musique, m'inscrire à une formation. Il fait néanmoins trop chaud pour faire un quart de tout ça, alors on regarde Widow's Bay en mangeant des glaces.