Let’s not get the morbs
La vie étant un éternel recommencement, cette semaine j’ai teint mes cheveux au henné roux et réécouté Placebo. Je suis dans une de ces phases que ma meilleure amie appelle affectueusement "ma torpeur". Je ne sais pas si c’est le mot juste car en réalité il se passe beaucoup de choses à l’intérieur et comme je ne sais pas comment les gérer, je me fige. Je traîne en pyjama, je me perds dans des rabbit holes plus ou moins intéressants (plutôt moins que plus), je peine à trouver le sommeil et à éteindre mon cerveau. Je me trouve insupportable dans les moments de sociabilité, mes mots vont plus vite que ma pensée, et je me marre bien en repensant à toutes les fois où on m’a traitée d’intello car j’ai l’impression d’être parfaitement stupide. Chaque interaction est suivie de questionnements désagréables et de "mais pourquoi j’ai raconté ça ?".
Ce sont des phases que je traverse de manière cyclique à cette période de l’année, je ne sais pas trop quels mots poser dessus – autres que "chiante et bizarre". Même si je sais que cela finit toujours par passer, c’est un état curieux où une drôle d’excitation se mêle à beaucoup d’anxiété, comme quand on a bu trop de café sans dormir. J’observe tout, je note mentalement les coïncidences et les détails insignifiants. C’est là où mes multiples micro-obsessions prennent toute la place, au point où je galère un peu à gérer le cours d’une journée de manière normale. C’est là aussi où je ris souvent au mauvais moment, sans filtre, et où je fais rire les autres sans pouvoir m’empêcher de me trouver gênante.
L’année dernière, j’avais plutôt bien réussi à contourner ce problème en me fixant des routines que j’essaie de garder : une demi-heure de sport le matin au moins 3 fois par semaine, une pratique régulière de la guitare, un journal que j’ai abandonné en cours d’année mais que je suppose que ce blog remplace, en quelque sorte. Je suis une créature d’habitude et j’ai besoin de m’imposer des choses, sinon je spirale. J’hésite entre me mettre à la boxe et retourner chez le psy.
C’est dans cet état que je suis allée voir Wuthering Heights (qui aurait peut-être dû s’appeler Barbenstein) hier soir, sans avoir pu m’empêcher de lire toutes les mauvaises critiques. Sans trop spoiler, je vais contredire le fameux et trop facile "on adore ou on déteste", mon avis étant plus nuancé. La première partie m’a agréablement surprise, on est dans le registre de la farce et c’est ce qu’Emerald Fennell sait faire, je trouve : les scènes camp très théâtrales voire grotesques, avec quelques détails bizarres, le genre de trucs pour lesquelles je suis bon public. La photographie et la bande-son sont réussies, j’ai beaucoup aimé la scène d’ouverture et les personnages secondaires (Alison Oliver, bravo). J’étais bien sûr ravie de voir mon gars Ewan Mitchell ouvrir une porte ou passer le balai dans le fond, et la scène principale impliquant son personnage aurait pu me faire recracher par le nez si j’étais en train de boire.
Là où ça se gâte, c’est que dans la deuxième heure, l’aspect romance prend le dessus (vous me direz que le film a été marketé comme tel, et c’est une erreur selon moi !). C’est toujours too much et caricatural, mais pas dans le bon sens, et au final assez tiède. Le film essaie de nous émouvoir mais le duo principal ne m’a pas convaincue. J’aurais aimé que Fennell pousse les curseurs plus loin, que ça se termine en grand n'importe quoi réjouissant. Dommage.
Le récit est distordu, certains personnages disparaissent et sont remplacés par d’autres, des bribes de situations sont déplacées à d’autres moments. En gardant en tête que dans le roman, les faits sont relatés au protagoniste par une narratrice subjective, et que d’autres strates de narration s’ajoutent au fur et à mesure, si on se dit que c’est une histoire racontée mille fois et déformée au fil du temps, ça se tiendrait presque. Une mention spéciale cependant pour ce détail profondément satisfaisant : avoir réussi à caser l’expression "Got the morbs".

J'ai vu le film hier soir et j'ai pris mon temps pour écrire dessus aujourd'hui, du coup je suis ravie de lire différentes critiques çà et là, quelles que soient les opinions. Je crois qu'il y a malgré tout un consensus autour du fait que l'histoire est survolée par Fennell, elle a 40 ans mais s'est laissée emporter par son soi de 14, ce que je trouve franchement décevant.
RépondreSupprimerJ’ai lu ton texte et je comprends bien les défauts que tu pointes, c’est évident qu’elle a évacué des thématiques importantes de l’histoire. Pour autant, j’ai lu des retours tellement violents que j’ai un peu envie de prendre sa défense, je trouve qu’il y a vraiment un fond misogyne dans certaines critiques et ça me gêne (je pense notamment à des "cinéphiles" qui sont allés le voir juste pour pouvoir dire "ah bah c’était nul, je vous l’avais bien dit"). Elle n’a jamais prétendu que son film s’adressait à tout le monde ni qu’il était une adaptation fidèle du livre. Pour ma part, il y a certains passages qui m’ont plu, peut-être parce que ça renvoie à des références qui sont les miennes aussi.
SupprimerEn fait, ma conclusion serait que ce n’est pas le film du siècle et que ce n’est pas très grave, ni une honte, ni un sacrilège ou je ne sais quoi. Je pense que c’est très bien de rappeler ce qu’est le livre, mais aussi que le public jeune et féminin n’est pas stupide : cela donnera envie à certaines de le lire, ou de se plonger dans un cinéma plus étrange. Enfin, je pense que c’est ce que j’aurais fait si je l’avais vu à l’adolescence !
Je suis d'accord avec toi, chaque fois qu'un film de ce genre adapte un livre de ce genre avec des femmes aux commandes, c'est la même histoire. Enfin ce n'est pas qu'une question de style, c'est toujours quand une femme se charge du bazar qu'on entend chouiner. Disons que ça forme ici un combo parfait avec une littérature vue comme féminine. Alors que je ne vois pas ce qui rend Les Hauts de Hurlevent plus féminin qu'un Victor Hugo, mais soit. Je comprends donc ton point de vue et ça me fait comprendre que j'ai possiblement manqué de discernement envers un ou deux détails. Néanmoins, si mon billet laissait entendre que j'étais fâchée, ce n'est pas le cas. Je suis allée au cinéma positive, j'en suis ressortie non satisfaite mais ça ne va pas plus loin, je n'ai pas de rancœur envers qui ou quoi ce soit. Quand même un peu pour le Heathcliff blanc mais bon, ça ne me surprend malheureusement pas. Quoi qu'il en soit, on tend vers un idéal quand on a aimé une œuvre mais je crois que plus on l'aime et plus on a de chances d'être déçu, c'est bizarre de faire autant de projection (je termine sur un jeu de mot, c'est pour moi).
SupprimerJ’ai sans doute mal dosé le ton de ma réponse, énervée par le flot de négativité ambiant… désolée ! C’est toujours super de pouvoir lire des critiques nuancées, on a besoin de ça je trouve (et je fais plein de projections aussi de mon côté, c’est pour ça que je me retrouve à défendre cet objet bancal, c’est bizarre oui). Merci en tout cas pour tes commentaires, je découvre ton blog et j’y repasserai avec plaisir.
SupprimerN'am eus ket gwelet ar film c'hoazh met ezhomm 'm eus ivez boazioù evit gallout mont war-raok neuze e komprenan mat al lodenn-se. Spi 'm eus e kavi da respontoù a-benn nebeut !
RépondreSupprimerTrugarez ! Un tamm all over the place emaon er mare-mañ met klask a ran mont war-raok (ha ret eo din skrivañ traoù nevez, ober a ra vat me gav).
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