Faux-lie à deux

Il y a deux nouveaux singles de Faux Real qui sont sortis récemment. Comme d'habitude, j'ai écouté et regardé les clips, ça m'a amusée deux minutes puis j'ai dit "Ouais, bon". Et comme d'habitude, une seule écoute a suffi à me coller le titre en tête toute la journée, et ce matin je me suis levée en fredonnant Seesaw / C'est comme ça / It's always up and down / Avec toi. C'est un peu con. C'est efficace. Et il y a, d'après moi, une forme de sorcellerie là-dedans.

Faux Real est un duo composé des frères Elliott et Virgile Arndt, que j'ai découvert pendant le confinement. Je me rappelle avoir lu qu'ils étaient les nouveaux Sparks, puis j'ai passé des heures à regarder leurs vidéos où ils se mettent en scène dans des chorégraphies dignes des pires souvenirs d'acrogym en cours d'EPS, sur des chansons pop à la fois kitsch et érudites. J'ai crié de joie lorsqu'ils ont été programmés aux Trans, et les Trans ont été annulées cette année-là. 

Ce qui me fascine chez eux, c'est qu'ils flirtent en permanence avec les limites du ridicule, mais s'en sortent malgré tout par des pirouettes miraculeuses. C'est casse-gueule et ça se rattrape, en équilibre permanent, sur le fil. Comme si un artiste conceptuel avait imaginé le téléscopage d'un boys band de 1998 et d'un numéro de cirque (ce qui, en théorie, n'est pas certain d'être une réussite). Leurs collaborations avec Kirin J. Callinan et Jaakko Eino Kalevi ont fini de me convaincre. Je les ai fait découvrir à ma meilleure pote, on s'est enthousiasmées à l'excès, de la même manière que lorsqu'on inventait des petites danses absurdes sur MGMT à l'époque où on vivait en colocation. Au concert qu'on est allées voir ensemble, j'ai rarement ressenti autant d'euphorie collective.

Les clips de Faux Real me procurent le même genre de satisfaction que les office toys chromés qu'on trouvait dans les boutiques de déco des années 90. Je possède plusieurs de ces objets à base de boules et de balanciers qui jouent avec la gravité, dont mon regard n'arrive jamais à se détacher. Dans le clip de Seesaw : un pendule de Newton, un métronome, une balance. Mouvement perpétuel.

Alors que je démarre la lecture de Vibes Lore Core de Valentina Tanni, les images de Faux Real imprimées dans ma rétine me semblent correspondre exactement à ce propos : "Pas de pensée, juste des vibes". En convoquant tout un tas de références soigneusement restituées, leur univers est une aesthetic à lui seul. Faux Real, Faux Maux, Faux Ever. Sur une de leurs vidéos, j'ai commenté "Telling my kids this was Oasis", et ils m'ont répondu : Faux-asis. J'ai souri devant l'évidence, en regrettant de ne pas avoir trouvé le jeu de mots moi-même. Faux Real pourrait être un groupe inventé de toutes pièces pour un filmEt pourtant, derrière ces strates d'ironie empilées façon poupées russes, je vois beaucoup de sincérité. Je crois que c'est ce paradoxe qui me plaît autant.

Commentaires

  1. Je m’auto-commente pour raconter un truc nul qui vient de m’arriver : je réécoutais cette chanson en coupant des tomates, et au moment où il prononce "C’est cet amour en dents de scie / Qui m’a coupé le doigt", le couteau a dévié pour m’entailler le pouce. Voilà, c’est tout.

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  2. Tu m'as convaincue, je crois. J'ai très envie d'en écouter plus ! D'ailleurs j'ai un titre de Jaakko Eino Kalevi dans ma playlist-de-tous-les-jours et c'est peut-être bien à toi que je le dois parce que je vois pas où j'aurais pu choper ça.

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    1. C’est assez clivant, peut-être que tu n’aimeras pas :)
      Jaakko, j’en poste tout le temps, c’est un de mes gars sûrs. Je crois que j’aime absolument toute sa discographie.

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