Catalogue of love

Je suis seule chez moi depuis quelques jours, à récupérer péniblement de la whatmillième semaine de canicule (quand c’est comme ça je n’écris plus, corps et cerveau en mode veille, tout ce qui peut sortir c’est de la colère et de l’angoisse mal maîtrisées donc j’évite). En faisant mes courses, j’ai décidé que j’allais faire semblant d’être Anglaise. J’ai acheté des muffins, des haricots à la tomate et des œufs, une canette de Guinness pour ne pas être complètement traîtresse non plus. Ça allait parfaitement avec ma dégaine qui est celle de l’été 2026 manifestement : je déteste me saper en été donc j’ai adopté le blokecore, short Adidas t-shirt trop grand et hop, basta. Je me disais que le Royaume-Uni avait ce don d’être à la fois un pays historiquement affreux et une sorte de monde parallèle rigolo.

Luna Carmoon sort un nouveau film l’année prochaine, avec un cast impeccable et des vampires (que demande le peuple), du coup comme je n’arrête pas d’y penser j’ai eu envie de revoir Hoard. Je me suis fait ce cadeau hier soir en mangeant un mini-Magnum aux amandes, dans mon appart post-canicule qui ressemble plus à une tanière d’animal hibernant qu’à un logis de trentenaire, enfin bref passons. C’était le film parfait à regarder la veille du grand ménage, un déluge de détritus et autres matières collantes et suspectes. On y suit Maria, tout d’abord enfant élevée par sa mère atteinte du syndrome de Diogène, puis dix ans plus tard dans une famille d’accueil. Un événement va déclencher une crise existentielle chez Maria, catalysée par le retour de Michael, un jeune homme hébergé avant elle dans cette même famille. Ses traumatismes d’enfance remontent à la surface, représentés par des éléments vus dans la première partie du film qui vont réapparaître comme des symboles.

Saura Lightfoot-Leon, qui interprète Maria ado, est incroyable de justesse (parenthèse : elle joue bientôt dans ce court-métrage avec vous-savez-qui, et vous vous doutez bien que ça me met en joie). Joseph Quinn est excellent aussi dans le rôle de Michael, ça me donne envie de le voir dans plus de films. Luna Carmoon écrit et filme comme si Andrea Arnold rencontrait John Waters. C’est viscéral, un peu crade, poisseux, caustique. Et aussi tendre, poétique, surréaliste. Elle semble être comme ça elle-même (je pose ici cette interview dans le Guardian, si ça vous intéresse), et j’aime ces formes d’honnêteté radicale. Coïncidence, quand le film s’est terminé, elle avait posté quelques stories sur Insta. Des selfies avec son habituel rouge à lèvres qui déborde un peu, des observations sur les visages qu’elle voudrait voir plus souvent à l’écran, longs nez yeux globuleux dents pas droites et nique le patriarcat. Elle montre ses propres yeux en exemple et je me rends compte que j’ai les mêmes. J’ai eu envie de lui dire qu’on a besoin de plus d’artistes comme elle. Enfin c’est mon avis.

Et comme je ne peux pas m’empêcher de voir des liens partout, les tableaux les ficelles tout ça, je me disais aussi que ça matchait pas mal avec le gros pavé de Mariana Enriquez, Notre part de nuit, que je n’ai pas encore terminé mais dont la lecture me captive (si tant est que j’arrive à me concentrer un minimum). Je n’ai aucun mal à imaginer certaines scènes filmées par Luna Carmoon, les histoires de cicatrices, d’arythmie cardiaque et de rituels dans des chambres d’hôtel moites. Angleterre-Argentine même si je regarde pas le foot.

J’attends les vacances, la ville sent la poubelle et le gaz d’échappement. Le ventilateur tourne, sur les conseils du psy j’essaie d’apprendre à être un main character (comme si j’étais pas déjà assez relou), mais comme j’ai passé ma vie à faire du mimétisme, je ne sais pas trop comment m’y prendre. À vrai dire, je me sens un peu comme Jimothy le petit raton-laveur.

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